Pierre-André Taguieff, référence pour “Conspyracy Watch”, matrice de la disqualification des antiracistes et antifascistes

Il s’agit d’un extrait de l’article de Médiapart, “Des « antifas » traités de fascistes : les perversions sémantiques de l’extrême droite se banalisent” de Lucie Delaporte : https://www.mediapart.fr/journal/france/101221/des-antifas-traites-de-fascistes-les-perversions-semantiques-de-l-extreme-droite-se-banalisent

Dans la disqualification des adversaires – les antiracistes, les antifascistes – par l’extrême droite, le rôle d’un intellectuel comme Pierre-André Taguieff a été déterminant. « Taguieff va jouer un rôle de matrice », souligne Nicolas Lebourg dans Les nazis ont-il survécu ? Enquête sur les internationales fascistes et les croisés de la race blanche(Seuil 2019). Dans un article publié en 1986 dans un ouvrage collectif auquel participe également le penseur de la Nouvelle Droite Alain de Benoist, Taguieff dresse un premier parallèle saisissant entre les « antiracistes » et les racistes. Il y dénonce la « politisation de l’antiracisme » qui « lui confère une fonction instrumentale dans une guerre idéologique dont l’un des objectifs est de paralyser l’adversaire ». Les antiracistes sont des censeurs mus par une idéologie totalitaire. Un sillon qu’il ne va cesser de creuser ensuite de livre en livre et qui fera des émules. Dès 2007, Zemmour revendique cet héritage en s’en prenant au président de SOS Racisme, Dominique Sopo, comme le souligne Sébastien Fontenelle. « C’est le résultat d’une longue préparation des esprits », note le journaliste qui collabore au collectif Les mots sont importantsDans Les Éditocrates (La Découverte, 2018), il cite une tribune rédigée par Zemmour dans Le Monde en 2007 : « Sopo ne sait pas qu’on a lu Pierre-André Taguieff ; on a bien compris que le progressisme antiraciste n’était que le successeur du communisme, avec les mêmes méthodes totalitaires mises au point par le Komintern dans les années 1930. “Tout anticommuniste est un chien”, disait Sartre. Tout adversaire de l’antiracisme est pire qu’un chien. » Qui sont d’ailleurs les vrais fascistes pour Éric Zemmour ? Il est vain de les chercher à l’extrême droite du spectre politique puisqu’ils sont aujourd’hui, et depuis l’origine, à gauche. « Les fascistes sont des gens de gauche », martèle-t-il sur CNews en juin 2021, comme le note le chercheur Jonathan Preda dans un article de Temps présents« Qu’importe si ce n’est en aucune manière une nouveauté », note-t-il, et si le socialisme d’origine de Mussolini n’est un fait contesté par personne. L’important est de vider de son sens le fascisme et de le renvoyer à la gauche. Là encore, Éric Zemmour a été à bonne école. « Socialisme et fascisme : une même famille ? » est ainsi le thème d’une réunion du Club de l’horloge, émanation de la Nouvelle Droite, organisée le 22 novembre 1983. « Ses membres sont invités à discuter autour du thème : discuter est un bien grand mot tant l’équivalence proposée est affirmée et réaffirmée tout au long des interventions. Les recherches de Zeev Sternhell sur les origines du fascisme sont reprises et caricaturées. D’une synthèse entre nationalisme et socialisme, le fascisme devient un socialisme national. […] “Changer la vie” selon le slogan de campagne du président socialiste Mitterrand deviendrait l’équivalent d’une volonté totalitaire de créer un homme nouveau ! », relève Jonathan Preda. Éric Zemmour est l’héritier de cette longue tradition de subversion sémantique menée par les tenants de la bataille culturelle. La presse qui se livre à ces hasardeuses analogies depuis quelques semaines aussi.

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